Février 2026

 

LA PEUR D’UNE DEMOBILISATION DEVANT LES VIOLENCES FAITES AUX FEMMES

 

 Aurélien Poivret

 

LE PROGRÈS - Vendredi 12 décembre 2025

 

Faisant le bilan de six ans d’action des pouvoirs publics dans le sillage du Grenelle des violences conjugales, la Fondation des femmes s’inquiète d’un relâchement général sur le sujet. Sa présidente, Anne-Cécile Mailfert, appelle à la remobilisation générale

 

De nombreuses manifestations ont eu lieu fin novembre à l’occasion de la journée internationale de l’élimination des violences faites aux femmes. Photo Sipa/Olivier Juszczak

 

La Fondation des femmes sonne l’alerte. Six ans après le Grenelle des violences conjugales, l’organisation constate une « démobilisation inquiétante » sur le sujet, dans un rapport publié jeudi. « La situation est en train de se dégrader », affirme sa présidente, Anne-Cécile Mailfert, qui observe « une baisse des financements » de la part de l’État vers les « associations de terrain » - pourtant amenées à intervenir sur des dispositifs d’urgence, comme les téléphones grave danger – de l’ordre de 18 % en décembre 2025 par rapport à l’année passée.

 

       Principal indicateur des violences faites au femmes, le nombre de féminicides « accélére » depuis chaque mois, souligne-t-elle en rappelant la meurtrière journée du 20 novembre, qui a connu à elle seule quatre meurtres de femmes en Gironde, dans le Doubs, les Ardennes et le Gard – les enquêtes sont en cours sur ces faits.

 

       Au total, la Fondation des femmes dénombre 26 féminicides commis en France ces deux derniers mois, soit « un tous les deux jours », et 94 depuis le début de l’année. « Près de la moitié des victimes avaient déjà signalé des violences », ajoute la Fondation des femmes, selon laquelle « ces féminicides ne sont pas une fatalité, mais le résultat de dysfonctionnements connus, répétés et documentés ».

                                                                                       

« La démobilisation gouvernementale tue des femmes »

                                                                                       

 

       Déjà, en 2024, 107 femmes ont été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint en France, soit une baisse de 11 % par rapport à 2023. Et depuis 2019, ce sont 782 féminicides qui sont recensés par l’organisation. « Il s’agit d’une crise nationale de sécurité publique » et d’une « violence massive qu’il faudrait reconnaître comme telle, insiste Anne-Cécile Mailfert, stigmatisant « des discours inquiétants, de fatalisme et de défaitisme, laissant entendre qu’on aurait tout essayé ».

 

       « La démobilisation gouvernementale tue des femmes », appuie encore la présidente de la Fondation des femmes, qui appelle à la création d’un observatoire national des féminicides, permettant notamment d’évaluer les effets des politiques publiques. En 2020, dans le sillage du Grenelle et du débat de société qu’il avait impulsé, le nombre de féminicides avait chuté de 30 %, avec 102 femmes tuées contre 146 en 2019. « Cela montre que quand elle se mobilise, la France peut faire mieux », juge Anne-Cécile Mailfert.

 

       Six ans plus tard, la ministre déléguée chargée de l’Égalité femmes hommes Aurore Bergé a reconnu un « échec collectif » face aux féminicides qui continuent d’être commis en France. Elle prépare un projet de loi-cadre sur les violences faites aux femmes qu’elle espère voir inscrit à l’ordre du jour parlementaire « dès que cela sera possible ».

Aurélien Poivret