Mars 2026

L’AIDE APPORTEE A L’UKRAINE EST UN INVESTISSEMENT DANS LA DEFENSE DE TOUT NOTRE CONTINENT

Oleksandr Aliksilchuk,Vitalii Bezgin, Anna Bondar, Anatolii Drabovskyl, Oleg Dunda, Oleksandr Merezhko, Mikita Poturaev,

Eduard Proshcuk,Viacheslav Rublov

Le Monde - Dimanche 22 - Lundi 23 février 2026

L’Ukraine n’est pas la finalité des plans stratégiques russes, mais un moyen de leur mise en œuvre, avertit un collectif de députés ukrainiens issus de la majorité présidentielle. A cet égard, renforcer le consensus européen autour de l’aide à lui apporter est indispensable

L

es crises internationales en cours soulignent l’urgence pour l’Europe d’exister comme un pôle de puissance, une ambition portée de longue date par la France. L’actualité montre aussi que si les Européens se lamentent souvent sur leur propre impuissance, ils sont capables de défendre leurs intérêts lorsqu’ils se montrent fermes et unis.

       Mais cette accumulation de crises ne doit pas faire oublier que c’est d’abord en Ukraine, où le quotidien de la population a considérablement empiré sous les attaques russes, que se jouent la sécurité de l’Europe et sa place dans le monde. À cet égard, renforcer le consensus européen autour de l’Ukraine est indispensable pour bâtir une paix juste et durable.

       Car seule la détermination de ceux qui nous soutiennent permettra de contraindre la Russie à s’engager dans de vraies négociations, pour mettre fin à la guerre et prévenir de nouvelles agressions. Les demi-mesures ne feront que prolonger les combats aujourd’hui, et créer les conditions d’une extension de la guerre dans un futur proche.

Déstabiliser l’Europe

Des actions telles que l’arraisonnement de pétroliers de la flotte fantôme russe par la marine nationale française, en janvier, contribuent à affaiblir l’effort de guerre russe et à nous rapprocher de la paix. De même, les progrès réalisés par la coalition des volontaires en France sont une étape-clé pour préparer la paix et des garanties de sécurité.

Mais, dans le même temps, les actions futures des partenaires européens doivent tenir compte de trois points fondamentaux.

       Premièrement, les objectifs de la Russie visent à restaurer sa zone d’influence en Europe et à saper la sécurité européenne, créant ainsi des opportunités pour déstabiliser encore les pays européens, y porter au pouvoir des forces politiques pro-Kremlin, et même attaquer des nations européennes. En effet, l’Ukraine n’est pas la finalité des plans stratégiques russes, mais un moyen de leur mise en œuvre. Les Russes ne se contenteront pas du Donbass, ils cherchent à démanteler l’Etat ukrainien par des moyens militaires ou politiques. Pire, ils ne s’arrêteront pas en Ukraine : ils reprendront leurs tentatives d’expansion en Europe orientale, et en particulier dans les pays baltes.

 

NOTRE PUISSANCE

MILITAIRE FORGÉE

DANS LE SANG

SERA UN PILIER

DE LA NOUVELLE

ARCHITECTURE

DE DÉFENSE

EUROPÉENNE

 

       Deuxièmement, il faut à tout prix éviter de retomber dans deux pièges en cas de reprise du dialogue entre les Européens et Vladimir Poutine : la désunion, et surtout l’idée d’apaiser le Kremlin. Les pourparlers avec la partie russe doivent être fondés sur le rapport de force pour imposer la paix, et non sur des tentatives de défendre des intérêts particuliers, et éviter de récompenser indirectement l’agression militaire russe en transigeant sur le front international.

       Troisièmement, les intérêts des Européens sont liés à ceux de l’Ukraine. La coalition des volontaires ne sert pas seulement la paix en Ukraine, elle permet d’envisager des solutions efficaces pour la sécurité de l’Europe et la modernisation de sa défense. Le déploiement d’un contingent militaire sur le territoire ukrainien ne vise pas seulement le maintien de la paix sur notre sol, il constituerait un renforcement global du flan est de la défense de l’Union européenne (UE) et de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN).

       Il est par exemple dans l’intérêt des Européens de s’accorder sur des garanties financières fiables pour soutenir l’effort de défense ukrainiens après la fin des hostilités. Cela garantirait à l’Europe une armée combative, expérimentée et moderne, capable de répondre à divers types de risques et de dissuader la Russie, où que ce soit sur le territoire européen.

       Nous sommes et serons à jamais reconnaissants pour l’aide apportée par nos voisins à la résistance ukrainienne, mais il faut marteler à quel point cette aide est un investissement dans la défense de tout notre continent. L’Ukraine n’est pas un consommateur, mais un contributeur à la sécurité européenne.

       Notre puissance militaire forgée dans le sang sera un pilier de la nouvelle architecture de défense européenne, qui assurera la pleine sécurité  de l’UE avec des armées puissantes et une industrie de défense efficace. C’est seulement ainsi qu’une paix stable pourra être atteinte, non seulement en Ukraine, mais dans toute l’Europe.

 

Hâter la paix

Pour hâter cela, nous appelons nos partenaires européens à explorer de nouvelles solutions. A la fois pour aider l’Ukraine à tenir et à renforcer son poids – et celui de toute l’Europe – dans les négociations de paix. Par exemple, l’initiative Sky Shield [« bouclier du ciel »] : celle-ci consisterait à ce que des avions de combat de pays européens comme la France abattent directement des drones et missiles qui massacrent des civils ukrainiens toutes les nuits. Les pays européens peuvent le faire sans entrer en guerre contre la Russie, car il ne s’agit pas d’abattre des pilotes, mais des missiles et des drones qui visent des civils. Le déploiement d’un Sky Shield permettrait de sauver d’innombrables civils ukrainiens, et laisserait l’Ukraine concentrer sa défense près du front. Il montrerait aussi la détermination de l’Ukraine à défendre l’Europe jusqu’au bout, dissuaderait mieux les velléités russes d’attaquer un jour un pays de l’OTAN, et renforcerait considérablement la cause de l’Ukraine et du reste de l’Europe pour contraindre la Russie à des négociations justes.

       C’est dans ces prochains mois que pourrait se jouer la capacité de l’Europe à défendre ses intérêts, ses valeurs et sa sécurité dans un monde aussi brutal et déréglé. Et cela passe par un soutien fort et renforcé envers l’Ukraine pour obtenir une paix juste et solide. Maintenant. Le futur de l’ « Europe puissance » voulue par la France se joue aujourd’hui en Ukraine.

 

                                                                                

 

Oleksandr Aliksilchuk,

Vitalii Bezgin,

Hanna Bondar,

Anatolii Drabovskyl,

Oleg Dunda, Oleksandr

Merezhko, Mikita Poturaev,

Eduard Proshcuk,

Viacheslav Rublov sont

des députés ukrainiens

issus de la majorité

présidentielle