Juillet
2026
TRANSPARENCE SALARIALE : LA FIN
DU TABOU ?
● Marguerite MONROSE
(LE PROGRES Mardi 23 juin 2026)

Depuis ce mois de juin, la directive
européenne sur la transparence salariale impose de nouvelles obligations aux
entreprises : publication des fourchettes de salaires, reporting
sur les écarts femmes-hommes et justification des politiques de rémunération.
Une transformation qui bouleverse les pratiques RH.
► En partenariat avec Courrier Cadre
Pendant
des décennies, les salaires en entreprises se négociaient individuellement, les
écarts restaient invisibles et la transparence relevait davantage de la
promesse que de la réalité. Ce modèle arrive à son terme. Depuis ce mois de
juin, la directive européenne sur la transparence salariale va profondément
transformer la manière dont les entreprises abordent la question des
rémunérations.
Désormais,
les entreprises doivent notamment publier des fourchettes de salaire dans leurs
offres d’emploi, justifier leurs décisions de rémunération et, pour celles de
plus de 100 employés, rendre publique des données sur les écarts de
rémunération entre les femmes et les hommes. Ces rapports devront être publiés
tous les trois ans, et chaque année pour les organisations les plus
importantes.
Mais
si la transparence salariale progresse dans les discours, elle reste encore
largement incomplète dans les pratiques. Les données du dernier rapport de Remote sur le sujet montrent que les entreprises manquent
souvent de visibilité sur leurs propres politiques de rémunération. Dans de
nombreuses organisations, les informations existent, mais elles sont
fragmentées, difficiles à analyser ou rarement utilisées pour piloter des
décisions. Dans ce contexte, la directive européenne agit comme un
accélérateur.
Une attente massive des employés
Si
les régulateurs ont décidé d’agir, c’est aussi parce que les attentes des
employés ont profondément évolué. Toujours selon notre étude, 89 % des
employés français sondés estiment qu’il est important de disposer d’une
transparence sur les salaires, les avantages et les augmentations. Pour près de
la moitié d’entre eux (46%), il s’agit même d’un critère essentiel dans leur
relation avec l’employeur.
Mais
les attentes des employés se heurtent à une réalité parfois complexe. Dans de
nombreuses organisations, les écarts de rémunération restent difficiles à
identifier. Non pas parce qu’ils n’existent pas, mais parce qu’ils sont
rarement exprimés ou discutés ouvertement. Nos données montrent, par exemple,
qu’au niveau salarial, 61 % des hommes envisageraient de quitter leur
emploi en cas d’insatisfaction salariale, contre 51 % des femmes. Ce
décalage peut sembler limité, mais il révèle une dynamique importante :
les femmes, partout, sont moins susceptibles d’agir ou de contenter une
situation qu’elles jugent injuste.
Une question de confiance
Cette
retenue se retrouve également dans la manière dont les employés abordent la
question des augmentations. 66 % des hommes se disent à l’aise pour
demander une hausse des salaires, contre 49 % des femmes. Ces différences
contribuent à rendre les écarts moins visibles. Lorsque les préoccupations
salariales restent silencieuses, elles ne remontent ni dans les indicateurs
internes ni dans les discussions managériales. Le problème se déplace ainsi
vers d’autres formes d’expression, comme un désengagement progressif, des départs
non anticipés ou une perte de confiance dans l’organisation.
Dans
un environnement où l’information circule de plus en plus vite, la question
salariale devient aussi une question de confiance. La transparence crée une
nouvelle forme d’équilibre. Elle oblige les entreprises à assumer leurs
décisions et donne à leurs employés une meilleure compréhension des règles du
jeu. Mais elle exige aussi un changement culturel.
● Marguerite
Monrose
