Mars 2026
LES JEUNES DE PLUS EN PLUS CONCERNES PAR LE
SURENDETTEMENT
Marc ANGRAND
(Le Monde -
Jeudi 19 février 2026)
Les dépôts de dossiers des 18-29 ans auprès de la
Banque de France ont bondi de 36 % en 2025. Le chômage est un facteur
déterminant
La timide amélioration de
la conjoncture économique n’y a rien fait : s’ils restent en nette
baisse (- 32%) sur dix ans, les dépôts de dossiers de surendettement
auprès de la Banque de France ont continué d’augmenter en 2025, pour remonter à
leur niveau de 2019. L’institution a annoncé, mardi 17 février, avoir
enregistré 148 013 dossiers en 2025, un nombre en hausse de 9,8 % sur un
an, confirmant la remontée enregistrée depuis la mi-2023.
Ces demandes concernent en majorité des personnes vivant sous
le seuil de la pauvreté (62%), pour lesquels des « accidents de vie »
(perte d’emploi, séparation, problèmes de santé…) constituent le plus souvent
le point de bascule dans le surendettement. Au total, les commissions de
surendettement ont clos 122 670 dossiers en 2025, avec un effacement total des
dettes dans un peu plus d’un tiers des cas.
Parmi les points saillants du bilan 2025
figure la montée du surendettement chez les jeunes, avec un bond de 36 %
des dossiers déposés par les 18-29 ans par rapport à 2024 et un
quasi-triplement depuis 2022. La hausse atteint même 65 % chez les 18-25
ans, qui ne présentent toutefois qu’un nombre de cas relativement limité (8 205
en 2025).
Les efforts de communication entrepris par la Banque de France
ces dernières années sur la procédure de surendettement, à travers les réseaux
sociaux entre autres, ne suffisent pas à expliquer ces progressions. Le chômage
reste en revanche un facteur déterminant puisque 37 % des jeunes
surendettés sont sans emploi, contre 26 % pour l’ensemble des personnes
dans cette situation.
De nouvelles règles
La faible part de
propriétaires parmi les jeunes surendettés (2 % seulement, quatre fois
moins que dans l’ensemble des personnes surendettés) a deux conséquences :
un endettement médian réduit, à 13 790 euros contre 17 951 euros pour
l’ensemble des catégories, et un poids bien plus important des crédits à la
consommation dans leurs dettes, à 57 % contre 44 %.
La Banque de France note par ailleurs une « forte »
augmentation du poids des paiements fractionnés et des « mini-crédits »
(censés être remboursés en moins de trois mois) dans l’ensemble des dossiers.
Au total, les « dettes à la consommation » (paiements fractionnés,
mini-crédits, crédits renouvelables, locations avec option d’achat…) voient
augmenter leur part dans l’endettement de l’ensemble des ménages surendettés,
pour atteindre 44 % alors que celle des charges courantes diminue, tout
comme celle des dettes immobilières.
Point positif : même si leur en-cours dans les dettes est
légèrement remonté en 2025, à 456 millions d’euros, les crédits renouvelables
restent bien inférieurs à leurs niveaux des années 2010. Ils ne sont désormais
présents que dans moins d’un dossier sur deux, alors que cette proportion
atteignait 80 % en 2001. Ce reflux, au profit des prêts personnels
classiques, tend à limiter le surendettement, les taux d’intérêts des seconds
étant inférieurs à ceux des premiers.
A partir de novembre, de nouvelles règles liées à la
transposition de la directive européenne sur le crédit à la consommation
devaient mieux encadrer l’octroi de mini-crédits et le recours au paiement
fractionné. Les établissements de crédit devront notamment réaliser une
« analyse de solvabilité » du consommateur, même si la consultation
du fichier national des incidents de remboursement de crédit, tenu par la
Banque de France, ne sera pas obligatoire. « Certains le feront,
d’autres auront plutôt recours à des outils de "scoring"
internes ou à d’autres modes d’analyse, dit Hélène Arveiller, adjointe à la
directrice des services aux particuliers de la Banque de France. Mais
l’encadrement sera meilleur qu’il ne l’est aujourd’hui. »
Même si la
croissance économique s’accélère et que l’inflation reste contenue, la courbe
du surendettement ne devrait pas s’inverser en 2026, en raison du décalage
important entre la dégradation de la situation économique des particuliers et
la décision de recourir aux commissions de surendettement : « 50 %
des surendettés datent leurs difficultés financières de plus de deux
ans », explique Mme Arveiller. ■
MARC ANGRAND