JUILLET 2026

 

LE SOUS-SOL, REFUGE CLIMATIQUE POUR LES CENTRES URBAINS

 

Jean-Louis MISSIKA

 

(Le Monde - Mercredi 24 Juin 2026)

 

 

L’ancien adjoint au maire de Paris souligne la valeur des espaces souterrains, qu’il définit comme des ressources précieuses et pourtant encore inexploitées, pour faire face aux conséquences du réchauffement climatique dans les villes

 

Lorsque revient la canicule, la ville cherche de l’air. Elle plante des arbres, blanchit ses toitures, multiplie les climatiseurs, ouvre des « îlots de fraîcheur » à ses habitants. Toujours en surface. Pourtant, la réserve de fraîcheur la plus stable qu’une ville possède sous trouve à 3 mètres sous ses pieds. À cette profondeur, le sol garde une température constante, entre 10 et 16° C, été comme hiver. Le XXe siècle a enfoui dans le sol les parkings et les grands réseaux – eau, gaz, électricité, métro, égouts – il a réduit le sous-sol à un espace de service, caché, oublié. Le changement climatique nous oblige à le regarder autrement : non plus comme un espace de service invisible, mais comme une infrastructure de résilience.

UNE PARTIE DE CET ARTICLE EST A VOIR DANLE TEXTE

 

LE CLIMATISEUR

INDIVIDUEL N’EST

PAS LA SEULE

SOLUTION POUR

RAFRAÎCHIR

UN APPARTEMENT

OU UNE ÉCOLE

 

Exploiter ce que l’on ne voit pas

Pourquoi tant de ressources restent-elles inexploitées ? Parce qu’elles sont invisibles. On cartographie soigneusement la surface des villes ; le sous-sol, lui, demeure le parent pauvre de la connaissance urbaine. Chaque gestionnaire connaît son réseau, chaque propriétaire est censé connaître ce qui se trouve sous sa parcelle, mais personne ne dispose d’une vue d’ensemble de ce qui est construit sous terre. On, ne sait pas exploiter ce que l’on ne voit pas.

          Le travail mené par l’urbaniste Rosina Vinyes-Ballbé sur les sous-sols de Barcelone montre la voie : sa cartographie de la ville cachée a révélé une géographie souterraine qu’aucun plan de surface n’enregistre, jusqu’à mettre au jour de véritables « pépites urbaines ». La connaissance commence d’ailleurs à s’organiser : début 2024 : l’Agence de la transition écologique ‘l’Ademe), la région Île-de-France et le Bureau de recherches géologiques et minières ont lancé Géoscan, une campagne d’exploitation du potentiel géothermique du sous-sol francilien sans précédent depuis les années 1970.

          Le réchauffement climatique impose trois chantiers. Cartographier le sous-sol et avec le même soin que la surface, pour transformer une juxtaposition de tracés en une connaissance partagée. Faire évoluer les règlements d’urbanisme, comme Paris l’a amorcé en 2016 en supprimant l’obligation de créer des parkings dans les constructions neuves et en assouplissant les règles d’affouillement, afin que le sous-sol cesse d’être un couloir de service pour devenir un refuge et une ressource. Expérimenter enfin les nouveaux usages des sous-sols en lançant des appels à projets et en promouvant l’innovation urbaine.

          D’autres villes ont déjà commencé, A Heerlen, aux Pays-Bas, l’eau des anciennes mines de charbon noyées est devenu un gigantesque réservoir thermique à l’échelle de la ville : on y rafraîchit les bâtiments l’été, et la chaleur récupérée sert à chauffer l’hiver. Le principe est le même à chaque fois : transformer une infrastructure héritée et oubliée en ressource climatique. Chaque ville possède, sous ses rues, des galeries, des nappes, des parkings vides par la baisse de la motorisation des volumes oubliés. Ces gisements existent partout ; ils sont seulement invisibles. Sous nos pieds, il y a une autre ville, plus fraîche que celle du dessus, qui attend d’être révélée.

 

                                                                                                                                             

 

Jean-Louis Missika est
                                         responsable éditorial de « La
                                         Grande Conversation », ancien
                                         adjoint (2008-2020) au maire
                                         de Paris. Il est l’auteur, avec
                                         l’urbaniste Rosina Vinyes-
                                         Ballbé, d’un rapport sur
                                         les sous-sols pour Terra Nova