Mars 2026
RENCONTRER L’AMOUR
ENCORE ET TOUJOURS
Virginie SKZRYNIARZ
NOTRE TEMPS - FÉVRIER 2026
Ils
ont envie d’une belle histoire, de vibrer encore. Et même s’ils ont plus de 50
ans, même s’ils ont vécu un divorce ou le décès de leur conjoint. Comme
Annette, Christophe ou Marie-Luce, ils revendiquent le droit à une nouvelle vie
sentimentale.
VIRGINIE
SKZRYNIARZ
Chaque matin, il lui envoie un message pour
lui dire qu’il aime ; elle lui répond par un émoji en forme de cœur. À 62
ans, Annette* vit sur un petit nuage. Cette enseignante parisienne à la
retraite croyait pourtant être définitivement vaccinée contre l’amour. A« Le père de mes enfants m’en avait fait voir de
toutes les couleurs, lâche-t-elle encore amère. Après notre divorce, il y a
cinq ans, je m’étais juré de ne plus jamais faire confiance à un homme. »
Et puis, l’envie de ressentir à nouveau des papillons dans le ventre est,
contre toute attente, revenue. « Je me suis réveillée un beau matin en me
disant que la vie était trop courte pour rester seule, raconte la sexagénaire.
J’ai alors décidé de me retrousser les manches et de multiplier les activités à
l’extérieur, afin de forcer la chance. C’est comme ça que j’ai rencontré Bruno,
au mois de mars dernier à l’occasion d’un cycle de conférences sur l’art. Je
suis tout de suite tombée sous son charme. À tel point que c’est moi qui, après
m’être assurée qu’il ne portait pas d’alliance, lui ai donné mon numéro de
téléphone. On s’est revus et embrassés dès le lendemain soir. »
Sur
les quelque 23 millions de personnes de plus de 15 ans vivant sans conjoint,
41,5% ont plus de 50 ans selon les derniers chiffres de l’Insee, l’Institut
national de la statistique et des études économiques. Un taux qui s’explique
notamment par la hausse des séparations tardives. Il n’empêche : parmi les
seniors solos, nombreux sont ceux qui, à l’instar d’Annette, expriment leur
désir de renouer avec l’amour. « Les quinquagénaires et les sexagénaires
sont globalement en bonne santé et paraissent souvent "plus jeunes" que leurs parents au
même âge, avance Serge Guérin, sociologue spécialiste du vieillissement. Portés
par l’allongement de l’espérance de vie, ils comptent bien profiter des belles
années qu’ils ont devant eux, y compris sur le plan amoureux. »
Autrefois
invisibilisées, les romances après 60 ans, voire 50 ans, ne sont plus taboues
aujourd’hui. Elles inspirent, depuis plusieurs années, grands et petits écrans.
Les scénaristes de Netflix en ont fait l’objet de séries truculentes (La Méthode Kominsky, Grace et Frankie). Dans
son spectacle La Vie secrète des vieux, créé
en 2024, le dramaturge Mohamed El Khatib explore, lui, sans pathos, la
sexualité des personnes âgées.

Les attentes changent
Mais
quand on a passé le demi-siècle, l’amour prend une teinte différente. « On
ne cherche plus la passion et la fusion, comme à 20 ans, mais plutôt la
tendresse, la complicité et la bienveillance, sans oublier le plaisir des sens,
poursuit Serge Guérin. Bref, ce que l’on veut, c’est trouver une personne avec
laquelle on pourra partager de bons moments et vieillir agréablement. »
Christophe*,
63 ans, veuf depuis quatre ans, le confirme : « Mon souhait n’est pas
d’enchaîner les amourettes ni entretenir une relation avec une trentenaire,
mais de rencontrer une femme au même stade de vie que moi, désireuse de
s’engager durablement, qui accepte mes enfants, mes habitudes et mes fragilités
(j’ai parfois besoin de rester dans ma bulle et ma libido a clairement baissé),
de la même manière que je respecterai ses besoins. À nos âges, on n’a plus le
temps des faire semblant. »
Autre
choix qui se démocratise : le chacun chez soi. « J’adore aller au
restaurant ou découvrir une expo avec mon amoureux, glisse encore Annette, mais
je ne me sens pas prête à partager mon quotidien et ma salle de bains avec lui.
Pour l’avoir vécu, je sais que la routine est un tue-l ’amour. J’ai envie de
garder mon indépendance, pour que chacune de nos retrouvailles reste une petite
fête. » Mais aussi un élixir de jeunesse… « L’amour a des effets
prouvés sur notre santé physique et mentale, confirme la neurobiologiste Lucy
Vincent, autrice du Cerveau des amoureux (éd.
Odile Jacob). Il stimule la production de dopamine, d’endorphines et, surtout,
d’ocytocine, l’hormone du bien-être. Résultat : moins de stress, un
système immunitaire renforcé et un cœur plus solide. » Être en couple, ou
se sentir aimé, augmenterait même l’espérance de vie.
Internet joue les
entremetteurs
Pour
trouver l’amour, il y a bien sûr les cercles d’amis, les clubs de sports ou de
loisirs, mais aussi les évènements spécialement conçus pour les plus de 50 ans
par des agences dédiées, ou encore les bals et thés dansants. Quant aux
applications de rencontre, elles sont aussi très prisées. Le site Disons
Demain, lancé il y a bientôt dix ans, est même pensé pour les quinquas et plus.
« À 50 ans, on ne sort plus dans les bars et les discothèques, observe
Clarisse Blanc, sa porte-parole. Et certains n’ont pas envie, ou pas la
possibilité, de participer à des activités qui mixent les gens de leur âge.
Sans compter que, après parfois des dizaines d’années de mariage, ils ne savent
tout simplement plus draguer. S’inscrire sur un site est un moyen comme un autre
de faire des rencontres. »
C’est
justement sur un site que Nadine*, 73 printemps, vient de faire la connaissance
de Claude, de quelques mois son aîné. « J’étais à deux doigts de
désinstaller l’appli quand j’ai reçu son message, raconte-t-elle. Beaucoup
d’hommes disparaissaient aussi vite qu’ils arrivaient. D’autres n’étaient
intéressés que par le sexe, semblaient dépressifs ou ne prenaient pas soin
d’eux. J’ai finalement bien fait de persévérer, car Claude est tendre, délicat
et prévenant. Je crois avoir enfin déniché la perle rare. Et quel bonheur de
savoir que l’on compte pour quelqu’un ! » À plus de 50 ans, retrouver
l’amour peut aussi relever du défi. Il faut d’abord faire un travail sur soi,
apprendre à se respecter et à s’aimer. D’autant que le regard de la société reste
empreint de préjugés, même si les mentalités évoluent. « Quand je me désolais, à 30 ans, d’être
encore célibataire, tout le monde me disait que mon tour allait venir, explique
Marie-Luce*. Mais maintenant que j’ai 68 ans, personne – ou presque – ne
comprend que je peux avoir encore envie d’aimer. À commencer par mes enfants.
Depuis qu’ils savent que Gilles* est entré dans ma vie, ils m’ont déclaré la
guerre. Ils me reprochent de trahir la mémoire de leur père, décédé il y a
bientôt cinq ans, et refusent de venir chez moi lorsque mon amoureux est là. Je
les trouve égoïstes et ça me fait mal de les voir moins souvent qu’avant, mais
tant pis. Je me dis que ma vie n’est pas finie et que j’ai encore droit à ma
part de bonheur. » Marie-Luce a-t-elle raison de ne pas céder au chantage
de ses enfants ? Quoi qu’il en soit, aimer sur le tard, c’est croire en
l’avenir et, surtout, rester vivant. ●
*Les prénoms ont été modifiés.