Février 2026
LE ‶LIKING GAP‶, CETTE
ETRANGE SENSATION DE NE PAS ETRE APPRECIE
Destination Santé CLIC
Le Progrès - Mercredi 28 janvier 2026
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Nous abordons souvent
les nouvelles rencontres avec une certaine appréhension, ce qui nous
prédispose à percevoir l’interaction de manière plus négative. Photo
AdobeStock |
Avez-vous déjà ressenti cette légère
angoisse après une conversation avec quelqu’un que vous venez de
rencontrer ? Cette petite voix qui vous dit que vous avez peut-être trop
parlé, pas assez écouté, ou raconté une blague qui est tombée à plat ?
Ce phénomène porte même un nom :
le liking gap.
►En
partenariat avec Destination Santé
En
2018, des chercheurs en psychologie sociale ont mis en lumière un phénomène
qu’ils ont baptisé le likink gap (ou ‶écart
d’appréciation‶ en français). Ce concept, identifié par la chercheuse
Erica Boothby et ses collègues de l’Université de Pennsylvanie (États-Unis)
dans une étude publiée dans la revue Psychological
Science, désigne un décalage systématique entre la façon dont nous pensons être
perçus et la façon dont les autres nous perçoivent réellement.
Pour parvenir à conceptualiser cette
notion de likink gap, les chercheurs ont mené cinq
travaux distincts. Dans l’un d’eux, ils ont fait discuter des étudiants par
paires pendant cinq minutes. Après la conversation, chaque participant devait
évaluer combien il avait apprécié son interlocuteur et estimer à quel point
celui-ci l’avait apprécié en retour.
Résultat ? les participants ont
systématiquement sous-estimé à quel point leur partenaire les avaient
appréciés. Et ce phénomène était particulièrement marqué chez les personnes
timides.
Une autre étude a révélé que ce likink gap persiste même après des conversations plus
longues (jusqu’à 4-5 minutes), et qu’il existe également un ‶écart de
plaisir‶ : nous sous-estimons aussi à quel point les autres ont
apprécié notre conversation.
Même cette façon de penser n’est pas
l’apanage des adultes. En fait, le likink gap
commencerait à apparaître vers l’âge de 5 ans, au moment où les enfants
deviennent plus conscients de ce que les autres pensent d’eux. Ce sentiment se
renforcerait par la suite.
Pourquoi sommes-nous si durs envers nous-mêmes ?
Plusieurs facteurs pourraient expliquer
ce phénomène :
La
timidité et la confiance en soi ● Plus la personne est timide,
plus l’écart d’appréciation est important. Beaucoup ont tendance à focaliser
sur leus erreurs et à se juger sévèrement – pensant
peut-être avoir trop parlé d’eux-mêmes par exemple, ce qui masque les signaux
positifs émis par les autres.
L’anxiété
sociale ● nous abordons
souvent les nouvelles rencontres avec une certaine appréhension, ce qui nous
prédispose à percevoir l’interaction de manière plus négative. Un phénomène
accentué depuis par les réseaux sociaux où leurs jugements hâtifs sont légion.
Des implications dans la vie quotidienne et
professionnelle
Ce
liking gap ne se limite pas aux conversations entre
inconnus et aux premières rencontres. Les recherches démontrent qu’il existe
également dans le milieu professionnel, entre collègues. Et ses conséquences
peuvent être importantes : il peut nous empêcher de demander de l’aide, de
donner des retours honnêtes, ou même d’affecter notre satisfaction au travail.
Alors comment s’en sortir ? dans la
mesure où le premier "facteur à risque" est la timidité, travaillez
sur la confiance en vous-même. Cela peut passer par la pleine conscience ou par
le fait de répéter quotidiennement des phrases positives.
Par ailleurs, arrêtez de vous concentrer
sur vous-même. Concentrez- vous davantage sur l’autre, posez-lui des questions…
Enfin rassurez-vous, ce sentiment semble disparaître au fil des années. Dans le
cas de l’étude de 2018, il est montré que plus on apprend à connaître une
personne, plus l’écart d’appréciation diminue.
Source :
https://www.bps.org.uk/research-digest/liking-gap-
https://www.ericaboothby.com/research/do-we-know-what-people-think-of-us