Février 2026
FOCUS
PETIT LEXIQUE DE L’EGO
Marie-Claude
Treglia
Psychologies - Janvier 2026
S’aimer soi-même n’est ni du narcissisme, ni de l’égoïsme,
ni de l’estime de soi… C’est une façon d’être qui
relève du dosage
subtil entre tous ces concepts, et surtout de la juste
mesure.
Petit abécédaire pour éviter les confusions.
Narcissisme
Dans le mythe grec,
Narcisse est un jeune chasseur à la beauté éblouissante qui, indifférent aux
nymphes de la forêt et aux jeunes éphèbes, ne se plaît qu’à la contemplation de
son reflet dans le miroir d’une eau sans rides. Au point de s’y perdre. Le jeune
homme est-il mort de s’être trop aimé ? Est-il passé de l’autre côté du
miroir, au-delà du monde des illusions ? Les interprétations sont
multiples. Et dans le langage courant, le « narcissisme » est devenu
un vilain défaut, une perversion, qui consiste à s’aimer à l’excès, avec tous
les abus que cela engendre. Mais le concept est, à l’origine, plus complexe. Il
existe, dans la définition freudienne, un bon narcissisme qui fait partie
intégrante de l’amour de soi : un « narcissisme primaire »,
nécessaire dans la construction du moi, et vital. C’est seulement lorsqu’il
devient excessif et exclusif que le narcissisme (« secondaire ») peut devenir dangereux, voire pathologique. Il s’agit alors
d’une forme de passion toxique, qui n’a plus rien à voir avec un amour
bienfaisant pour soi et pour les autres.
Amour-propre
C’est Jean-Jacques Rousseau qui, le premier, en a fait une
description impitoyable, en l’opposant à « l’amour de soi », ce
sentiment « naturel », sain et légitime, lié à l’instinct de
conservation, et nécessaire à la survie et au bien-être de l’individu, qui
engendre la bienveillance envers les autres. L’« amour-propre »,
lui, est un sentiment social, né de la comparaison avec autrui, développe le
philosophe des Lumières. Il est la source de toutes sortes de « passions
tristes » – jalousie, rivalité, vanité, susceptibilité… – et
« inspire aux hommes tous les maux qu’ils se font mutuellement ».
Estime de soi-même
Qui s’aime bien s’estime bien. Mais la réciproque n’est pas
forcément vraie. La self esteem, héritée de la
psychologie américaine, est la valeur que l’on accorde à soi-même. Non pas une
foi inconditionnelle en ses capacités comme la confiance en soi, mais une forme
d’évaluation de sa personne et de ses actes, qui relève plus du respect que de
l’amour, et peut très bien, envers soi comme envers les autres, être froide et
dénuée d’affect.
Égoïsme
« Attachement excessif porté à soi-même et à ses
intérêts personnels, au mépris des intérêts des autres », définit le
Larousse. Même si un brin d’égoïsme est parfois nécessaire à notre survie quand
on a tendance à se faire écraser ou abuser par les autres, le meilleur moyen de
ne pas tomber dans cet excès est sans doute de s’aimer suffisamment – ni trop,
ni trop peu – pour ne pas avoir à se replier sur soi et oublier les autres.
Égocentrisme
Étymologiquement, cela signifie se prendre pour le centre du
monde. Avec la conviction profonde, donc, que tout gravite autour de nous. Il
s’agit là encore d’un stade normal du développement de l’enfant qui, comme l’a
décrit le psychologue Jean Piaget, perçoit le reste du monde de son seul point
de vue. À l’âge adulte, en revanche, c’est une déformation du rapport aux
autres, voire un défaut moral, qui consiste à tout ramener à soi, notamment le
regard des autres (beaucoup plus important pour l’égocentrique que pour
l’égoïste), loin de toute empathie ou autre forme de bienveillance. ●