Lyon

Février 2026

 

QUELLE PLACE POUR L'INTELLIGENCE ARTIFICIELLE DANS LA PREVENTION EN SANTE ?

Sylvie Montaron

 

Le Progrès - Mercredi 3 décembre 2025

 

 

Dans les locaux de la société Imadis qui assure des gardes de médecins radiologues pour 200 établissements en France métropolitaine et outre-mer. Photo DR

 

L’intelligence artificielle (IA) est désormais très utilisée dans le diagnostic ou la gestion des traitements en médecine. Elle est aussi pleine de promesses pour personnaliser la prévention, ont expliqué les intervenants des Assises régionales de la santé. Encore faut-il que les données soient suffisantes pour développer cet axe.

 

Aujourd’hui, la question n’est plus de savoir si l’on doit utiliser l’IA dans le domaine de la santé mais comment on l’utilise. Même le Comité national d’éthique estime qu’il ne « serait pas éthique » de se priver de ses avantages en médecine. Mais il faut des garde-fous : « On doit avoir une combinaison d’IA et d’humain », estime David Gruson, fondateur d’Ethik-IA, structure qui propose justement « d’accompagner la régulation positive de l’IA sans freiner l’innovation », l’un des intervenants des Assises de la santé organisées par la Région, consacrés à « L’IA et l’innovation au service de la prévention ».

                                                                                

« L’IA n’a pas remplacé les radiologues »

                                                                                

       Pour David Gruson, également directeur du programme santé à domicile de La Poste Santé et Autonomie, la peur de voir disparaître certains métiers est obsolète : « Face à la percée d’usage dans le diagnostic de spécialités, il y a surtout un déplacement de fonctions » avec des professionnels paramédicaux utilisant l’IA sous le contrôle des médecins. « L’IA n’a pas remplacé les radiologues mais les radiologues avec IA ont remplacé les radiologues sans IA », renchérit Vivien Thomson co-fondateur d’Imadis, groupe lyonnais spécialisé dans l’interprétation d’imageries à distance.    

 

       Sur le plan organisationnel, les gains apportés par l’IA sont incontestables : « Les chefs de blocs ont vraiment gagné du temps grâce à l’outil de planification Hopia », témoigne Barbara Gestas-Jaskula, directrice générale territoriale du groupe de cliniques privées Vivalto. Si l’IA rend également le diagnostic « plus performant », le temps de travail du radiologue, lui, « a augmenté », précise cependant Vivien Thomson. Et ce recours à l’IA a un coût : 300 000 € pour Imadis.

 

       Une médecine personnalisée grâce à l’IA

 

       Au-delà du diagnostic, l’IA est pleine de promesses dans la médecine personnalisée. Mis à disposition des patients des centres de lutte contre le cancer comme le centre Léon-Bérard ou des cliniques Vivalto, le dispositif de télésurveillance Cureetly utilise un algorithme de classification clinique pour détecter rapidement les effets indésirables chez les patients suivant une chimiothérapie, une immunothérapie ou une thérapie ciblée contre le cancer.

                                                                                

« Beaucoup de domaines où les données ne sont pas suffisantes »

                                                                                

       En matière de prévention, « l’IA permet de personnaliser les recommandations en santé, de faire de la prévention sur mesure en tenant compte des comportements et des expositions », se félicite Cécile Courrèges, directrice générale de l’Agence régionale de santé. Mais qu’en est-il de son utilisation sur le terrain de la prévention ? Amenés à témoigner, plusieurs acteurs des dispositifs « d’aller vers » comme le Pneumobile ou le Bus du cœur des femmes ont dressé un bilan positif de ces dispositifs ciblant des populations éloignées du soin. Mais ils n’utilisent actuellement pas l’IA. « L’IA fonctionne très bien quand il existe beaucoup de données disponibles comme en dermatologie ou en cancérologie, remet en perspective Jean-Baptiste Capgras, directeur de l’Ifross (Institut de formation et de recherche sur les organisations sanitaires et sociales). Or, il existe beaucoup de domaines où les données ne sont pas suffisantes, c’est notamment le cas dans le domaine de l’accompagnement social. »

● Sylvie Montaron