Avril 2026

POURQUOI TANT DE FRANÇAIS CROIENT EN L’HOROSCOPE, L’ASTROLOGIE OU LA VOYANCE

Audrey Vermorel

Le Progrès Samedi 07 mars 2026

 

Astrologie, voyance, signes, expériences paranormales… pourquoi ces expériences trouvent-elles un écho particulier chez certaines personnes ? un spécialiste décrypte pour nous les mécanismes psychologiques à l’œuvre.

 

Plus d’un Français sur deux y croient. Selon un sondage Ifop réalisé pour Femme Actuelle en novembre 2020*, 58% des Français déclarent adhérer à au moins une discipline de ‶parascience‶, comme l’astrologie, la voyance, la numérologie ou la cartomancie. L’astrologie, en particulier, connaît un regain spectaculaire : 41% des Français y croient aujourd’hui, soit 8 points de plus qu’en 2000.

       Même la tendance pour la voyance, dont la crédibilité a progressé de manière continue en vingt ans, pour atteindre 26 % d’adhésion. Comment expliquer une telle persistance en ces croyances ?

 

Pour Pascal Wagner, enseignant-chercheur en psychologie sociale à l’université suisse de Fribourg**, plusieurs biais cognitifs entrent en compte.

« L’horoscope et la voyance reposent sur des biais très clairement identifiés en psychologie », explique le chercheur. Le plus connu est l’effet Barnum : « Ce sont des phrases très générales dans lesquelles tout le monde peut se reconnaître, comme ‶vous avez des capacités inexplorées‶ ou ‶vous aimez être entouré, mais vous avez aussi besoin d’être seul‶. On a l’impression que c’est personnel, alors que ça s’applique à tout le monde ».

À cela s’ajoutent des techniques de lecture à froid, parfois appelées ‶tir au petit plomb‶. « On lance des affirmations vagues comme ‶je vois une figure féminine autour de vous‶ et c’est la personne qui fait le travail en réagissant. Le voyant n’a rien deviné, mais l’illusion fonctionne et il récupère des informations. »

41%

Des Français croient en
l’astrologie, selon le
sondage Ifop*.

L’illusion du contrôle

       Un autre mécanisme-clé est le biais de confirmation. « Quand une prédiction semble correspondre à notre personnalité, on se dit ‶c’est tout à fait moi‶. Quand ça ne colle pas, on met l’information de côté », poursuit Pascal Wagner. Autrement dit, on retient le positif, ce qui nous arrange, ce qui conforte la croyance, et on oublie le reste.

La corrélation illusoire joue aussi un rôle majeur. « On est frappé par les coïncidences, jamais par les non-coïncidences. Si vous vous réveillez plusieurs fois en pleine nuit et que la lune est pleine, vous finissez par croire qu’il y a un lien, en oubliant toutes les nuits où vous vous êtes levé sans faire attention à la lune ».

 

       En plus de ces mécanismes cognitifs, il y a aussi un facteur narratif très fort », souligne le chercheur. « Ces croyances proposent l’idée qu’il existe quelque chose derrière la réalité scientifique : des forces invisibles, des anges, des extraterrestres. C’est plus séduisant que l’idée d’un monde sans rien derrière. » Les périodes de crise renforcent encore cette attraction. « Pendant le Covid, on a observé une forte augmentation des consultations de voyants et d’astrologues. En situation d’incertitude, ces pratiques donnent une illusion de contrôle : on a l’impression de reprendre la main sur une réalité anxiogène, même si rien n’est scientifiquement fondé », ajoute-t-il.

Audrey Vermorel

 

* Étude Ifop pour Femme Actuelle, réalisé par questionnaire auto-administré en ligne du 10 au 125 novembre 2020 auprès d’un échantillon de 1 007 personnes, représentatif de la population résidant en France métropolitaine âgée de 18 ans et plus.

** Méfiez-vous de votre cerveau, Pascal Wagner-Egger et Gilles Bellevaut aux éd. 41, 19,90 €


 

Une croyance qui en appelle une autre

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cette sensibilité aux croyances est encore plus marquée lors des crises personnelles et en situation de fragilité : deuil, rupture, échec professionnel. « Dans ces moments-là, on a besoin de réponses, de soutien, et on devient plus vulnérable », explique Pascal Wagner, enseignant-chercheur en psychologie sociale à l’université suisse de Fribourg. On cherche à avoir des réponses positives à nos questionnements pour nous rassurer.

       « C’est exactement ce qu’on observe dans les sectes, mais aussi dans certaines croyances religieuses ou complotistes », analyse-t-il encore. Contrairement à une idée reçue, croire ‶un peu‶ à l’astrologie ou aux cycles de la lune n’est pas toujours anodin. « Le vrai problème, c’est que si vous acceptez une croyance sans preuve suffisante, les autres deviennent plus plausibles, prévient Pascal Wagner. Quelqu’un qui croit à un complot est beaucoup plus susceptible de croire à tous les autres. » À l’heure où les sciences occultes gagnent du terrain, l’enjeu dépasse donc la simple croyance individuelle. Il interroge notre rapport au doute, à la preuve, notre besoin de sens et de réassurance et notre façon de nous informer.