Mars 2026
PLACER SON EPARGNE APRES LA BAISSE DU LIVRET A
Le Monde -
Samedi 31 janvier 2026
Ce placement réglementé
reste incontournable pour garder ses liquidités en toute sécurité
Le taux du Livret A passera
à 1,50 % le 1er février, un niveau deux fois moins élevé qu’il
y a un an. Les épargnants ont pris acte de cette baisse en retirant 2,12
milliards d’euros de leur Livret A en 2025.
Faut-il
continuer à délaisser ce placement réglementé ? « Le Livret A
demeure incontournable », explique au contraire Philippe Crevel, le
directeur du Cercle de l’épargne. « Son rendement reste attractif par
rapport aux autres livrets bancaires, le capital est garanti par l’État et il
est totalement liquide », rappelle-t-il. Et avec une hausse des prix
prévue de 1,30 % en 2026, le Livret A affiche un
rendement réel (après inflation) positif. « Le gain est certes faible,
mais souvenez-vous que les épargnants perdaient de l’argent entre 2021 et 2023,
car l’inflation était supérieure au rendement du Livret A », ajoute
Philippe Crevel.
Ce
produit bénéficie d’un atout supplémentaire : les intérêts sont exonérés
d’impôts et de prélèvements sociaux. Un argument d’autant plus fort que les
autres placements de court terme, comme les livrets bancaires et les comptes à
terme, subissent un alourdissement de leur régime fiscal depuis le 1er
janvier : le prélèvement forfaitaire unique (PFU) s’élève désormais à
31,4 % contre 30 % auparavant, en raison de la hausse des
prélèvements sociaux, la contribution sociale généralisée (CSG) passant à
10,6 %.
« La
bonne stratégie consiste donc toujours à alimenter en priorité son Livret A et
son Livret de développement durable et solidaire [LDDS] avant de
s’intéresser aux autres placements sans risque », explique Patrick
Thiberge, président de Meilleurtaux.com. Il est possible de verser jusqu’à 22
950 euros sur un Livret A et
12 000 euros sur un LDDS, bénéficiant de la même rémunération et lui aussi
exonéré d’impôt.
Pas de miracle
Certains particuliers ont cependant besoin de
placer des sommes plus importantes. Ils peuvent alors se diriger vers les
placements fiscalisés. Les livrets bancaires présentent l’avantage de ne pas
être plafonnés, mais ils ne rapportent que 0,75 % en moyenne en novembre
2025, d’après la Banque de France. Pour trouver mieux, il faut se tourner vers
les banques et les plateformes d’épargne en ligne.
Mais ces
acteurs ne peuvent pas faire de miracle. « Le rendement des livrets est
orienté à la baisse depuis dix-huit mois pour tenir compte des révisions des
taux directeurs de la Banque centrale européenne [BCE] », explique
Patrick Thiberge. Le taux de dépôt de la BCE s’élève aujourd’hui à 2 %,
contre 4 % en juin 2024.
ON PEUT VERSER JUSQU’À
22 950 EUROS
SUR UN LIVRET A ET
12 000 EUROS SUR
UN LDDS, BÉNÉFICIANT DE
LA MÊME RÉMUNÉRATION
ET EXONÉRÉ D’IMPÔT
Les meilleurs
livrets affichaient un rendement de 2 % fin janvier, comme chez Distingo Bank, Meilleurtaux,
Renault Bank, Placement-direct.fr. et même de
2,05 % chez Ramify. Mais ces taux devraient en
toute logique être revus à la baisse dans les prochaines semaines dans la
droite ligne du recul du Livret A.
Tout
n’est cependant pas perdu pour les épargnants. « Les banques cherchent
à attirer des dépôts. Pour y parvenir, certaines d’entre elles proposent des
bonus de rémunération à ceux ouvrant un livret pour la première fois. Cela
permet aux clients de doper le rendement global », analyse Cyril
Garbois, cofondateur de Cashbee. Ce cadeau limité dans le temps – le taux
préférentiel, compris entre 3 % et 5 %, ne s’applique que sur les
deux ou trois premiers mois – est en général cantonné à un investissement compris
entre 100 000 euros et 200 000 euros.
Il faut faire le tour du marché pour
vérifier quel établissement présente une promotion à l’instant T. « Nous
proposons des taux bonifiés quasiment toute l’année sur notre livret, car cela
permet à de nouveaux clients de découvrir l’appli Cashbee, puis, pourquoi pas,
d’investir sur nos autres produits comme l’assurance-vie ou
l’épargne-retraite », indique de son côté Cyril Garbois.
Certains clients « chasseurs de
primes » tentent de transférer leur capital d’un
livret à l’autre pour profiter de plusieurs promotions successives. Conscientes
de
ce risque, les plateformes posent régulièrement des conditions comme le
maintien des livrets plusieurs mois après la fin de l’offre bonus. L’objectif
est de
les fidéliser. « Nous mettons régulièrement en place des offres de
bienvenue pour les nouveaux clients ouvrant un livret, mais nous
proposons aussi des taux ‶boostés‶ aux clients fidèles sur leurs
nouveaux versements », confirme Gilles Belloir, le directeur
général de
Placement-direct.fr.
A noter, certains établissements
affichent une stratégie différente de leurs
concurrents en s’engageant dans la durée à maintenir un taux attractif. BforBank
offre un taux annuel de 2,1% pendant douze mois, dans la limite de 70 000
euros, l’offre se termine le 31 janvier. Hello Bank !,
quant à elle, s’engage à
maintenir le taux de son livret à 2% pendant douze mois et jusqu’à 50 000
euros
pour les clients ouvrant un livret pour la première fois. Mais cette offre,
valable
jusqu’au 9 février, est réservée aux clients détenant par ailleurs un compte
courant.
Autre solution, les
comptes à terme répondent eux aussi à la problématique
de l’épargne de précaution : sans risque, il permet de placer son
argent durant une courte période. Mais ils sont moins liquides que les livrets
puisque l’épargnant s’engage à conserver son compte à terme jusqu’à
l’échéance, comprise entre un mois et cinq ans. Fin janvier, la meilleure offre
du
marché était celle de Swaive, proposant 2,20 % brut
sur un an, par le biais de la
banque Wormser Frères. De son côté, Distingo Bank
annonçait 2,15% sur un an,
suivie par Bunq à 2,11%. Des taux plus avantageux que
ceux des livrets
bancaires, mais réservés aux épargnants certains de ne pas avoir besoin de
liquidités avant le terme. ■
2,50 %
C’est le rendement du Livret d’épargne populaire (LEP) depuis le 1er
février, soit un point au-dessus du Livret A. ce produit réservé aux ménages
modestes sous conditions de ressources bénéficie d’un coup de pouce du
gouvernement, puisque la stricte application de la formule de calcul aurait dû
porter son taux à 1,90 %. Les personnes éligibles doivent l’alimenter en
priorité dans la limite du plafond de 10 000 euros, car le LEP reste le
placement sans risque le mieux rémunéré du marché. Il est exonéré d’impôt et de
prélèvements sociaux.