Juillet 2026
DES ENFANTS EN SITUATION DE
HANDICAP ENTENDUS POUR « CHANGER L’ECOLE »
Anne-Aël DURAND
(Le Monde - Jeudi 24 juin 2026)
Douze élèves de 8 à 13 ans
ont présenté au ministère de la santé, lundi, à Paris, leurs idées sur la
question de l’école inclusive
Écoutez-nous, on connaît
nos besoins ! » Malgré des problèmes d’élocution dus à une
paralysie cérébrale, Adèle, 11 ans, s’exprime sans détour. La préadolescente a
des difficultés motrices et se déplace en fauteuil roulant, mais ne veut pas
qu’on la traite comme un bébé. Oui, elle a parfois subi des moqueries, craint
un peu l’entrée en 6e, et admet qu’elle-même a parfois pu « glousser »
face à certains handicaps qu’elle ne connaissait pas mais le « regrette
à 100 % ». Elle a aussi subi une « maltraitance
psychologique » de la part d’une accompagnante d’élèves en situation
de handicap (AESH), dit-elle, qui lui parlait mal. Toutes ses réflexions, elle
a pu les partager au sein du conseil des enfants, une instance créée depuis la
rentrée 2025 par le Conseil national consultatif des personnes handicapées, qui
présentait ses conclusions. Lundi 22 juin, au ministère de la santé, à Paris,
sur le thème « changer l’école ». un des
rares espaces où la parole des principaux intéressés est prise en compte.
Douze enfants de 8 à 13 ans, présentant tous types de
handicap, se sont retrouvés six demi-journées, ont échangé leurs expériences et
élaboré des pistes d’amélioration. Pour adapter l’environnement scolaire,
Thélio, 10 ans, en CM1, propose « de baisser parfois la
luminosité en classe, et de faire un temps calme de cinq à dix minutes avec des
coussins, comme dans [son] ancienne école ». il
aimerait que les enseignants reconnaissent davantage les handicaps invisibles
et organisent des sensibilisations pour les autres élèves.
Disparités territoriales
L’équilibre est
subtil : comment faire comprendre ses particularités sans être soumis à
des questions intrusives ? Agathe, 8 ans, seule aveugle de sa classe,
présente la solution imaginée par le groupe : instaurer une « blabla-room », où enfants et adultes pourraient
discuter avec les élèves en situation de handicap.
La communication, c’est aussi la préoccupation de Rose, élève
sourde de 11 ans, à l’école Turenne, à Paris. Elle reçoit un enseignement en
langue de signes française (LSF), sauf quand sa maîtresse est absente, comme
c’est le cas depuis déjà quatre mois. Elle aimerait que les enfants entendants
apprennent les bases de la LSF, pour « qu’ils puissent discuter avec
[elle et les autres élèves dans sa situation] et participer aux jeux à la
pause déjeuner ». Elle propose notamment d’utiliser la
« communication alternative et améliorée », un système fondé sur des
pictogrammes pour les enfants qui ne parlent pas.
Les témoignages des enfants racontent les aléas de l’école
inclusive. Le harcèlement, pour Noah, 11 ans, qui a une trisomie 21 et « n’aime
pas qu’on [le] traite de moche et qu’on se moque de [lui] ».
L’ancienne école d’Adalia, 8 ans, avec « plein d’escaliers, pas très
adaptée » à un fauteuil roulant. Les AESH parfois absentes ou mal
formées. Les disparités territoriales, constatées par Armand, 13 ans, qui a
vécu en Guadeloupe et en région parisienne, et voit la différence avec la « très
bonne prise en charge » dont il bénéficie, grâce à l’Institut
Montéclair pour le déficit visuel, près d’Angers. Mais il s’inquiète pour la
suite : « Les documents du brevet ou du bac ont une police limitée
en Arial taille 20, alors que j’ai toujours appris en Arial 36, donc je pourrai
difficilement lire. »
Sébastien Mounié, haut fonctionnaire au handicap et à
l’inclusion du ministère de l’éducation nationale, constate que « certaines
idées ne sont pas si éloignées des propositions qui seront faites lors de la
Conférence nationale du handicap – prévue le 25 juin mais reportée. La
ministre déléguée chargée des personnes handicapées, Camille Galliard-Minier,
passée saluer les travaux du conseil des enfants, les a trouvés « tellement
intéressants », qu’elle leur propose de « préparer un document
[qui sera] transm[is]
à toutes les écoles avec [leurs] messages, pour les faire passer
auprès de [leurs] enseignants et de [leurs] copains ». ■
ANNE-AËL DURAND