Mars 2026
MON
EMPLOYEUR PEUT LIRE
MES MESSAGES PERSONNELS
Diane
de TUGNY
NOTRE TEMPS - FÉVRIER 2026
La
limite entre vie privée et travail s’estompe : utiliser son ordinateur professionnel
à des fins personnelles est courant. Mais en l’absence de mention claire, vos
messages sont consultables par l’employeur.
DIANE
DE TUGNY
Votre employeur a droit
d’accéder aux documents qui se trouvent dans votre bureau. Contenu de
l’ordinateur, courriers, papiers posés sur le bureau ou rangés dans un tiroir…
tous ces documents, numériques ou non, sont présumés professionnels, sauf si
vous avez signalé leur nature privée par la mention « personnel » ou
« privé ». En l’absence de cette mention, l’employeur est autorisé à
en prendre connaissance en votre absence sans votre accord. Il en a ainsi été
jugé pour une enveloppe sans mention relative à son caractère personnel et
rangée dans un tiroir non fermé à clé (Cour de cassation du 4 novembre 2012, n°
11-12.330). C’est aussi le cas pour des courriels sans cette mention, des
dossiers et fichiers informatiques sur l’ordinateur professionnel, s’ils ne
sont pas clairement identifiés comme privés et même pour une clé USB, présumée
être utilisée à des fins professionnels, dès lors qu’elle est connectée à un
outil informatique mis à la disposition du salarié par l’employeur dans le
cadre du contrat de travail.
►
Attention, l’appellation « Mes documents » ne confère pas au fichier
un caractère personnel puisqu’il s’agit d’une configuration informatique type.
Pas d’usage de documents privés en justice
Dans
une procédure judiciaire, l’employeur ne peut pas utiliser contre vous les
messages ou documents qui relèvent de votre vie privée. L’entreprise n’est donc
pas autorisée à se servir d’un courriel dont le contenu est d’ordre privé pour
prouver la volonté d’un salarié de démissionner ou la réalité de ses horaires
de travail (Cour de cassation du 18 octobre 2011, n° 10-25.706). Mais il est
libre d’utiliser un message non identifié comme privé, adressé à un autre
salarié de l’entreprise, dont le contenu, même outrancier, est en rapport avec
l’activité professionnelle : le message n’est alors pas de nature privée
selon les juges.
Internet et réseaux sociaux, gare aux abus !
Au
travail, vous n’êtes pas censé surfer sur internet pour vos besoins personnels.
En votre absence, votre employeur a le droit de contrôler votre usage et vous
sanctionner si vous avez exagéré. Cela peut même aller jusqu’au licenciement si
le temps consacré à l’usage personnel d’internet est abusif. La Cour de
cassation a ainsi validé le licenciement d’une salariée qui avait effectué plus
de 10 000 connexions en deux semaines sur des sites sans rapport avec son
travail (tourisme, comparaison de prix, marques de prêt-à-porter, sorties,
réseaux sociaux). ●