Mars 2026

VERS LA FIN DE LA CRISE DE LA DERMATOSE BOVINE EN France

ROUCAUTE Delphine

 

Le Monde - Samedi 21 février 2026

 

Aucun nouveau cas de cette maladie n’a été identifié depuis le 2 janvier, ce qui devrait permettre la levée de la dernière zone réglementée

 

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uit mois après la détection du premier cas de dermatose modulaire contagieuse (DNC) sur son territoire, la France semble sortir de la crise sanitaire. Aucun nouveau cas de cette maladie, touchant exclusivement les bovins, et non transmissible aux humains, n’a été identifié depuis le 2 janvier et la vaste campagne de vaccination lancée en décembre 2025 dans le Sud-Ouest a permis de protéger la quasi-totalité des bêtes de cette large zone comptant dix départements. En conséquence, la dernière zone réglementée encore en vigueur, autour de l’Ariège, devrait être levée vendredi 20 février, allégeant les restrictions de déplacement des bovins qui visaient à éviter la diffusion de la maladie à d’autres élevages.

 

Symbole d’une année marquée par cette crise aussi bien sanitaire que politique, le Salon de l’agriculture, grand rendez-vous annuel des agriculteurs, s’ouvrira malgré tout la première fois, samedi 21 février, sans la présence d’aucun bovin. « Les organisations professionnelles ont fait le choix du principe de précaution », souligne Raphaël Guatteo, enseignant-chercheur en gestion de la santé des troupeaux bovins à l’Ecole nationale vétérinaire, agroalimentaire et de l’alimentation de Nantes-Atlantique (Oniris).

 

« Délai très court avant l’estive »

Dans les 16 départements concernés par la vaccination, plus de 95% des bêtes dans plus de 75% des élevages ont reçu une dose de vaccin, seuils garantissant une immunité collective, c’est-à-dire une protection des bêtes en cas de résurgence de la maladie. Malgré tout, quelques incertitudes demeurent. Le virus de la DNC est capable de persister quatre-vingt jours à 20°C dans le milieu extérieur, notamment dans les croûtes tombées des plaies des bêtes, sans que l’on sache évaluer sa capacité à réinfecter dans ces conditions. Les veaux de moins de trois mois n’ont pas été vaccinés car, en 2025, ils étaient protégés par le colostrum tété auprès de leurs mères ; mais qu’en est-il de leur immunité aujourd’hui ? Par ailleurs, il est possible que certains éleveurs aient choisi de ne pas déclarer certaines bêtes malades par crainte de l’abattage systématique du troupeau.

       Résultat, les acteurs de la filière réunis au sein du Conseil national d’orientation de la politique sanitaire animale et végétale (Cnopsav), le 9 février, ont choisi d’opter pour une stratégie de revaccination des 2 millions de bovins ayant déjà reçu une dose, soit un huitième du cheptel français total. Une vaste opération d’un coût de 40 millions d’euros. La durée de la protection offerte par le vaccin étant évaluée à douze mois par les industriels et pour des soucis logistiques, cette deuxième injection obligatoire devra être faite avant le départ en estive en Savoie et Haute-Savoie, les premiers départements touchés par la maladie, dès le 29 juin 2025. Dans le Sud-Ouest, cette campagne sera organisée à l’automne, au retour de l’estive.

       Un nouveau défi à relever pour les vétérinaires, qui se sont massivement mobilisés en décembre 2025 et en janvier pour vacciner quelque 750 000 bêtes en six semaines. « Ce qui commence à inquiéter certains vétérinaires, c’est le délai très court de vaccination dans les Savoies avant l’estive », relève Mathieu Mourou, vice-président du Conseil national de l’ordre des vétérinaires. La montée en estive pouvant commencer dès mi-mars, le ministère se prépare à revacciner « dans les prochains jours, les prochaines semaines » 350 000 bêtes d’ici à début mai.

       Le prix à payer de cette précaution sanitaire est le report de la récupération du statut indemne de la maladie, primordial pour les échanges commerciaux sans entraves sanitaires. Il faudra attendre huit à quatorze mois, selon les zones et les négociations à venir, après la dernière vaccination pour que les différents départements récupèrent ce statut. La France pourra donc définitivement tourner la page DNC à l’horizon 2028. D’ici là, l’Espagne et l’Italie, premiers importateurs de jeunes bovins français, ont déjà accepté de faire venir les bovins vaccinés en Savoie et en Haute-Savoie, berceau de l’épizootie à l’été 2025, mais aussi dans le Rhône, l’Ain, le Jura, le Doubs. Il en sera de même pour les bêtes du cordon sanitaire du Sud-Ouest, qui pourront être importées en Espagne à partir de mars.

 

Systèmes d’information fragile

Cette crise aura mis en évidence certaines fragilités, notamment celle du système d’information mis à disposition des vétérinaires pour suivre l’état sanitaire des animaux. « Aujourd’hui, il faut récupérer les listes d’animaux avant chaque intervention puis, pour assurer le suivi de la vaccination, que soient saisies les données dans un logiciel qui n’avait pas été développé pour suivre une vaccination de masse comme celle contre la DNC, donc l’extraction des données n’est pas facile », note David Quint, président du Syndicat national des vétérinaires d’exercice libéral.

       De son côté, Jean-Yves Gauchot, président de la Fédération des syndicats vétérinaires de France, estime que « l’Etat doit mettre plus de moyens dans la prévention et la surveillance épidémiologique et mieux coordonner la recherche vétérinaire ». En début d’année, l’Agence nationale de la recherche a déjà lancé un appel à projets pour avoir une meilleure connaissance du virus et notamment pouvoir différencier en un test les animaux vaccinés des animaux infectés. « On sait que de nouvelles crises vont arriver, il faut s’y préparer », argue le vétérinaire. D’autant qu’on ne sait toujours pas concrètement comment le virus a été introduit en France en juin 2025.

       D’ici à juin, un groupe de travail, placé sous l’égide du Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement, doit remettre un rapport d’expertise pour évaluer la possibilité de recourir à un abattage sélectif en cas d’apparition d’un nouveau cas dans des troupeaux vaccinés. Ce point reste une des revendications portées par les syndicats de la Confédération paysanne et de la Coordination rurale. ■

DELPHINE ROUCAUTE