Janvier 2026

 

« A.V.C. CHAQUE SECONDE GAGNEE VA CONDITIONNER LA SUITE »

 

Pr Yannick BEJOT

 

Le Progrès - Mercredi 29 octobre 2025

 

                                                                                                                          

Questions à

Pr Yannick Béjot, chef du service hospitalo-universitaire de neurologie au CHU Dijon Bourgogne et vice-président de la Société française neurovasculaire (SFNV).

                                                                                                                                                         

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le thème de la Journée mondiale de l’AVC 2025 est ‶chaque minute‶ compte. En quoi la rapidité de prise en charge est-elle essentielle ?

       « Pour fonctionner, le cerveau a besoin d’être vascularisé, de recevoir l’oxygène par les artères. Dès qu’une artère est bouchée par un caillot, ou lorsqu’elle est rompue, la zone atteinte arrête de fonctionner. Les neurones vont alors mourir au risque de laisser des séquelles. Des traitements à donner rapidement permettent de recanaliser l‘artère. Si on les donne trop tard, ils n’auront plus d’efficacité, ce qui expose à des complications. Chaque seconde gagnée va conditionner la suite et les chances de récupération pour le patient. »

 

       Quels sont les symptômes d’un AVC ?

       L’AVC survient brutalement dans quasiment tous les cas. Il y a un déficit neurologique, la perte d’une fonction motrice par exemple (paralysie du visage, d’un bras et/ou d’une jambe). On peut avoir des troubles de langage, une perte de vision, de sensibilité, ou encore une sensation d’instabilité. Il ne faut pas attendre la douleur, car souvent, l’AVC est indolore. »

 

       Quels sont les étapes de la prise en charge en cas d’AVC ?      

       « Après un AVC, l’objectif est d’arriver le plus vite possible dans un centre pour effectuer une imagerie cérébrale (scanner ou IRM), essentielle pour savoir de quel type d’AVC il s’agit. Il y en a deux : l’infarctus cérébral (dans près de 85 % des cas), ou l’hémorragie (dans 15 % des cas). Le patient est ensuite hospitalisé dans une unité neurovasculaire.

En France, il y a environ 140, mais malheureusement, seulement 50 % des patients victimes d’AVC ont accès à une prise en charge dans des structures, faute de lits disponibles, ce qui est insuffisant. »

 

       Quels sont les différents types de traitement ?

       « Concernant les infarctus cérébraux, il y en a deux. Le plus ancien a été validé en 1995 et a débuté en France en 2003. Il s’agit de la trombolyse intraveineuse, le traitement de référence. On administre un produit par perfusion qui va aller détruire le caillot.

Depuis une dizaine d’années, il y a un traitement complémentaire qui consiste à aller chercher le caillot par voie endovasculaire, comme avec un lasso. C’est la trombectomie mécanique, qui s’adresse uniquement aux caillots situés dans les artères de relativement gros calibres. Environ 15 à 20 % des patients sont éligibles à cette technique. »

 

       Comment récupère-t-on après un AVC ?

       « Le cerveau a des capacités pour se réorganiser et retrouver ses fonctions : c’est la plasticité cérébrale. Cette récupération va être favorisée par de la rééducation. Le patient peut espérer une récupération après plusieurs semaines ou mois. Celle-ci dépend du traitement lors de la phase aiguë, du délai de prise en charge, et de la sévérité initiale de l’agression. »

 

       Quelles sont les dernières avancées dans le domaine ?

       « Il y a tout un champ de recherches pour améliorer les techniques afin d’aller de plus en plus loin dans les artères les plus petites du cerveau pour y retirer des caillots, ou encore pour découvrir les molécules les plus efficaces pour dissoudre le caillot. Des réflexions sont aussi menées sur l’organisation des filières de prise en charge, comme des dispositifs d’imagerie embarqués pour réaliser un diagnostic au domicile du patient et ainsi gagner du temps. Enfin, des recherches sont en cours pour traiter les hémorragies cérébrales, qui restent le parent pauvre de l  ’AVC et sont associées à des taux de décès et de handicap importants. »

Propos recueillis par Hugo Boizot